Le conflit du Sahara occidental est-il devenu un oxymore ? | El Watan

Le diplomate italo-suédois, Staffan de Mistura, en sa qualité d’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, est chargé de relancer le dialogue entre le Maroc et le Front Polisario. Sa prise de fonction a eu lieu le lundi 1er novembre 2021 à la tête de la mission onusienne, succédant ainsi à l’Allemand Horst Köhler.

L’envoyé personnel aura la lourde tâche de ramener le royaume du Maroc et le Front Polisario à la table des négociations pour notamment parvenir à une «solution politique juste, durable et mutuellement acceptable» conformément aux résolutions du Conseil de Sécurité.

Une tâche extrêmement difficile au regard du contexte actuel car le diable se cache dans les détails de la formule «mutuellement acceptable». Celle-ci ne peut plus être de mise puisqu’il s’agit d’un problème de décolonisation inachevé dont la solution est définie par la doctrine des Nations unies en la matière garantissant au peuple sahraoui son droit inaliénable à l’autodétermination.

La mission de Staffan de Mistura, acceptée par le Front Polisario et, seulement après plusieurs mois d’atermoiements par le Maroc, ne pourrait réussir sans un soutien franc et un appui effectif du Conseil de Sécurité et de l’ensemble de la communauté internationale. En l’absence de cet engagement, elle serait compromise et pourrait constituer un revers pour l’Organisation des Nations unies.

Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, est inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies. Le peuple sahraoui, représenté par le Front Polisario, y mène une lutte légitime de libération et d’émancipation. Aujourd’hui, on assiste à un regain de tension depuis la reprise des hostilités consécutives à la violation du cessez-le-feu par le Maroc le 13 novembre 2020 à Guerguerat.Advertisements

Or, le peuple sahraoui, qui estime avoir été floué par l’Organisation des Nations unies, est déterminé à défendre ses droits légitimes que lui garantit le droit international, et à déjouer par sa résilience toutes les manœuvres marocaines visant à perpétuer une occupation illégale et à continuer le pillage éhonté de ses ressources naturelles.

C’est en 2003 que le Conseil de sécurité de l’ONU a introduit une nouvelle formule ambiguë parlant d’une solution «mutuellement acceptable» au lieu de réitérer le droit inaliénable du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination. Cette fameuse Résolution 1495 de 2003, «réaffirmant sa volonté d’aider les parties à parvenir à un règlement politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental dans le cadre de dispositions conformes aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies…» est un oxymore.

Depuis, pourtant, les Nations unies invoquent cette expression qui sonne comme un aveu d’incapacité à imposer la mise enœuvre du droit à l’autodétermination par la voie d’un référendum libre et démocratique.

Nous sommes profondément préoccupés par la situation qui prévaut au Sahara occidental. Face au regain des tensions et menaces qui pèsent sur la sécurité et la stabilité de la région, il est urgent d’agir pour promouvoir une solution au conflit en s’attachant aux fondamentaux du droit, de la justice et des valeurs humanitaires.
La France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies ayant partagé une longue page d’histoire avec le Maghreb, ne peut se dérober à ses responsabilités devant un drame humain et politique dont la persistance est préjudiciable à la paix et à la coopération. La France serait bien placée pour prendre des initiatives visant à encourager l’avènement d’un règlement juste, pacifique et définitif conforme au droit international qui respecte la volonté du peuple sahraoui.

Par Najem Sidi

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