De Mossadegh à Maduro : le poids de la CIA dans le renversement des régimes étrangers

Maduro
L’enlèvement de Maduro ravive un long historique d’interventions américaines. D. R.

Par Mohamed K. – Dans un long reportage, le magazine américain Newsweek a mis en lumière les implications de la décision du président américain Donald Trump d’ordonner à des forces d’élite l’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro, soulignant que cette action ravive un long historique d’interventions américaines ayant conduit au changement de régimes dans plusieurs pays à travers le monde. Le magazine note la contradiction : Trump lui-même avait vivement critiqué ce passé interventionniste dans le passé, avant de le raviver à nouveau au Venezuela.

Newsweek précise que les interventions américaines n’ont pas toujours été justifiées par la volonté de «renverser un dictateur ou un tyran». Bien souvent, elles étaient motivées par des considérations géopolitiques plus larges, notamment la prévention de la propagation du communisme pendant la Guerre froide, comme ce fut le cas au Vietnam ou à Cuba. Le magazine insiste également sur le fait qu’il n’existe pas de liste officielle ou consensuelle au niveau mondial des dirigeants renversés avec le soutien des Etats-Unis, et que la définition de «dictateur» varie selon les régions et peut être manipulée à des fins politiques.

Le reportage revient à 1953, lorsque la CIA, en collaboration avec le Royaume-Uni, a orchestré un coup d’Etat qui a renversé le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh. Newsweek rappelle que Mossadegh n’était pas un dictateur mais un dirigeant élu démocratiquement, et que son erreur aux yeux des puissances étrangères fut la nationalisation de l’industrie pétrolière, auparavant contrôlée par des sociétés britanniques, renforçant ainsi le pouvoir du Shah Mohammad Reza Pahlavi.

Au Guatemala, en juin 1954, un coup d’Etat soutenu par la CIA a renversé le président démocratiquement élu Jacobo Arbenz, dont les politiques de gauche inquiétaient Washington dans le contexte de la Guerre froide. En Irak, Newsweek indique qu’un coup d’Etat en février 1963 contre le gouvernement d’Abdel Karim Qassem a bénéficié du soutien américain, les Etats-Unis craignant ses orientations procommunistes et anti-occidentales.

Le magazine évoque également les tentatives américaines ratées pour renverser Fidel Castro à Cuba avec l’invasion de la baie des Cochons en 1961, l’une des plus célèbres erreurs de la politique étrangère américaine. Au Vietnam du Sud, le dirigeant Ngô Dinh Diệm, initialement soutenu par les Etats-Unis comme rempart contre le communisme, a été renversé et assassiné lors d’un coup d’Etat militaire soutenu par la CIA, comme l’ont montré des documents déclassifiés.

L’histoire se poursuit dans les années 1980 avec le renversement du général Hudson Austin à Grenade en 1983, puis avec le départ de Jean-Claude Duvalier en Haïti après le retrait du soutien américain. A Panama, l’invasion américaine de 1989 a conduit à la chute de Manuel Noriega, ancien allié de Washington, avant sa condamnation et son emprisonnement aux Etats-Unis.

A l’ère moderne, Newsweek rappelle l’invasion de l’Irak en 2003, qui a conduit à la chute de Saddam Hussein, puis le rôle des Etats-Unis et de leurs alliés dans la destitution de Mouammar Kadhafi en Libye en 2011, grâce à un soutien militaire et de renseignement déterminant.

Le magazine conclut en évoquant le dernier épisode de cette histoire, avec l’annonce faite par Trump de l’arrestation de Nicolas Maduro et de son épouse dans le cadre d’une opération nommée «Opération détermination absolue». Trump a affirmé que les Etats-Unis prendraient temporairement en charge la gestion du Venezuela jusqu’à ce qu’un «transfert sûr, stable et réfléchi» du pouvoir soit assuré, relançant ainsi le débat sur les limites et les conséquences des interventions américaines à l’étranger.

M. K.

Fuente ALGÉRIE PATRIOTIQUE